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essays

La Grande Europe et terrorisme intellectuel (Rivarol ~ le 16 Mai 2003)

C'est le 16 avril, après le oui triomphal (83,8 %) des Hongrois à l'Union, qu'a été "couronnée" à Athènes l'Europe de 25, sanctionnée par un traité de 5 000 pages qu'ont signé pour la France Jean-Pierre Raffarin et Dominique de Villepin avec la bénédiction de Kofi Annan, secrétaire général de l'ONU, sous l'égide de laquelle s'inscrit donc la "Nouvelle Europe". Un parrainage assez inquiétant, notamment en ce qui concerne la liberté d'expression. La police de la pensée est difficile à repérer car elle se cache souvent sous les concepts rassurants de "démocratie" et "droits de l'homme." Si les Quinze exhibent volontiers les beautés de leurs paragraphes constitutionnels, ils admettent rarement les ambiguïtés de leur Code pénal. Et c'est dans une grande discrétion que l'an dernier, la Commission européenne avait tenu a Bruxelles, et à Strasbourg des réunions d'une importance historique sur l'avenir de la libre parole.

Le langage «politiquement correct»: Genèse d'un emprisonnement (Catholica ~ Été 2006, Nr. 92 )

Nous avons rencontré lors de son dernier séjour en France M. Tomislav Sunic, diplomate croate mais aussi écrivain, traducteur et ancien professeur de sciences politiques aux Etats-Unis. Fortement impressionné par le fait que la liberté d'expression se trouve paradoxalement plus grande dans les pays anciennement sous domination soviétique qu'à l'Ouest du continent, il nous a proposé le texte qui suit, qui met l'accent sur une des données généralement sous-estimée du conformisme régnant, à côté de l'héritage communiste et de la mentalité de « surveillance » héritée des riches heures du jacobinisme. Ce texte a été rédigé par l'auteur directement en français. Par «politiquement correct » on entend l'euphémisme actuellement le plus passe-partout derrière lequel se cache la censure et l'autocensure intellectuelle. Si le vocable lui-même n'émerge que dans l'Amérique des années 1980, les racines moralisatrices de ce phénomène à la fois linguistique et politique sont à situer dans la Nouvelle Angleterre puritaine du XVIIe siècle. Cette expression polysémique constitue donc la version moderne du langage puritain, avec son enrobage vétérotestamentaire. Bien qu'elle ne figure pas dans le langage juridique des pays occidentaux, sa portée réelle dans le monde politique et médiatique actuel est considérable. De prime abord, l'étymologie des termes qui la forment ne suggère nullement la menace d'une répression judicaire oud les ennuis académiques. L'expression est plutôt censée porter sur le respect de certains lieux communs postmodernes tels que le multiculturalisme ou une certaine historiographie, considérés comme impératifs dans la communication intellectuelle d'aujourd'hui. En règle générale, et dans la langue française, prononcer l'expression "politiquement correct" déclenche souvent le processus d'association cognitive et fait penser aux expressions tels que "la police de la pensée," "la langue de bois" et "la pensée unique". Or si ces dernières notions ont ailleurs qu'en France, en Europe comme en Amérique, des équivalents, ceux- ci n'y possèdent pas sur le plan lexical la même porte émotive. Ainsi par exemple, lorsque les Allemands veulent designer le langage communiste, ils parlent de "Betonsprache" ("langue de béton"), mais la connotation censoriale de la locution française "langue de bois" n'y est pas rendue. Quant à la "pensée unique," elle reste sans équivalant hors du français, étant intraduisible en anglais ou en allemand ; seule le vocable slave "jednoumlje" - terme en vogue chez les journalistes et écrivains russes, croates ou chèques - possède la même signification.1 En comparaison de l'Europe, les Etats-Unis, bien qu'étant un pays fort sécularisé, restent néanmoins très marqués par de « grands récits » moralistes issus de la Bible ; aucun autre pays sur terre n'a connu un tel degré d'hypermoralisme parabiblique, dans lequel Arnold Gehlen voit « une nouvelle religion humanitaire ».2 Cependant après la deuxième guerre mondiale, le langage puritain a subi une mutation profonde au contact du langage marxiste en usage en Europe, véhiculé par les intellectuels de l'Ecole de Francfort, ou inspirés par eux, réfugiés aux Etats-Unis et plus tard installés dans les grandes écoles et universités occidentales. Ce sont eux qui après la guerre ont commencé à agir dans les médias et dans l'éducation en Europe, et qui ont joué un rôle décisif dans l'établissement de la pensée unique. C'est donc de la conjonction entre l'hypermoralisme américain et les idées freudo-marxistes issues de ce milieu qu'est né le phénomène actuel du politiquement correct. On sait que les Etats-Unis n'ont jamais eu comme seule raison la conquête militaire, mais ont cultivé le désir d'apporter aux mal-pensants, qu'ils fussent indiens, nazis, communistes, et aujourd'hui islamistes, l'heureux message du démocratisme à la mode américaine, même avec l'accompagnement du bombardement massif des populations civiles. Cet objectif s'est largement réalisé vers la fin de la deuxième guerre mondiale, quand l'Amérique, comme principale grande puissance, s'installa dans son rôle de rééducatrice de la vieille Europe. Et dans les années ultérieures, le lexique américain, dans sa version soft et libéralo-puritaine, jouera même un rôle beaucoup plus fort par le biais des médias occidentaux que la langue de bois utilisée par les communistes est-européens et leurs sympathisants. Au vingtième siècle cependant, l'héritage calviniste a perdu son contenu théologique pour se transformer en un moralisme pur et dur prônant l'évangile libéral des droits de l'homme et le multiculturalisme universel.

Marx, Moses And The Pagans In The Secular City (part 1)

With the conversion of the Roman Emperor Constantine to Christianity, the period of pagan Europe began to approach its end. During the next millennium the entire European continent came under the sway of the Gospel-sometimes by peaceful persuasion, frequently by forceful conversion. Those who were yesterday the persecuted of the ancient Rome became, in turn, the persecutors of the Christian Rome. Those who were previously bemoaning their fate at the hands of Nero, Diocletian, or Caligula did not hesitate to apply "creative" violence against infidel pagans. Although violence was nominally prohibited by the Christian texts, it was fully used against those who did not fit into the category of God's "chosen children." During the reign of Constantine, the persecution against the pagans took the proportions "in a fashion analogous to that whereby the old faiths had formerly persecuted the new, but in an even fiercer spirit." By the edict of A.D. 346, followed ten years later by the edict of Milan, pagan temples and the worship of pagan deities came to be stigmatized as magnum crimen. The death penalty was inflicted upon all those found guilty of participating in ancient sacrifices or worshipping pagan idols. "With Theodosius, the administration embarked upon a systematic effort to abolish the various surviving forms of paganism through the disestablishment, disen-dowment, and proscription of surviving cults."1 The period of the dark ages began.

Marx, Moses And The Pagans In The Secular City (part 2)

Modern Pagan Conservatives

There is ample evidence that pagan sensibility can flourish in the social sciences, literature, and arts, not just as a form of exotic narrative but also as a mental framework and a tool of conceptual analysis. Numerous names come to mind when we discuss the revival of Indo-European polytheism. In the first half of the twentieth century, pagan thinkers usually appeared under the mask of those who styled themselves as "revolutionary conservatives," "aristocratic nihilist," "elitists"-in short all those who did not wish to substitute Marx for Jesus, but who rejected both Marx and Jesus.1 Friedrich Nietzsche and Martin Heidegger in philosophy, Carl Gustav Jung in psychology, Georges Dumézil and Mircea Eliade in anthropology, Vilfredo Pareto and Oswald Spengler in political science, let alone dozens of poets such as Ezra Pound or Charles Baudelaire-these are just some of the names that can be associated with the legacy of pagan conservatism. All these individuals had in common the will to surpass the legacy of Christian Europe, and all of them yearned to include in their spiritual baggage the world of pre-Christian Celts, Slavs, and Germans.

Marx, Moses And The Pagans In The Secular City (part 3)

Pagan Notion of the Sacred

To the critics who argue that polytheism is a thing of the prehistoric and primitive mind incompatible with modern societies, one could respond that paganism is not necessarily a return to "paradise lost" or a nostalgia for the restoration of the Greco-Roman order. For pagan conservatives, to pledge allegiance to "paganism" means to rekindle Europe's historical origins, as well as to revive some sacred aspects of life that existed in Europe prior to the rise of Christianity. One could also add that, as far as the alleged supremacy or modernity of Judeo-Christianity over the backwardness of Indo-European polytheism is concerned, Judeo-Christian religions, in terms of their modernity, are no less backward than pagan religions. To emphasize this point de Benoist writes: