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Homo sovieticus, homo americanus ? Catholica Hiver 2007-08, Nr. 98

Tomislav Sunic, essayiste croate et traducteur, ayant longuement séjourné aux Etats-Unis où il a enseigné la science politique, vit actuellement dans son pays d'origine. Il a récemment publié un ouvrage intitulé Homo Americanus : Child of the Postmodern Age (BookSurge, Charleston 2007, 15.99 $), avec une préface de l'historien Kevin MacDonald. L'auteur a accepté de s'expliquer sur le parallèle suggéré par son titre, de prime abord audacieux, avec l'homo sovieticus de Zinoviev.

La grande peur en Europe orientale Ecrits de Paris (Février, 2003) Nr. 651 par

Le proverbe croate qui affirme que "l'aube de l’un apporte toujours le crépuscule à l'autre", demeure actuel, surtout à l'occassion des anniversaires historiques et des commémorations politiques. Le chiffre "7" de l'Ancien Testement possède une valeur symoblique, tandis que le nombre "13" inspire angoisse, même aux incroyants. La grande fête millénaire de l'an 2000, commença différemment pour les protestants et les catholiques, différemment pour les chrétiens ortodhoxes, alors que les musulmans semblent être toujours coincés au XVème siècle et mesurent leur temps d'après l'Hégire.

Le langage « politiquement correct » Genèse d'un emprisonnement Catholica (Été 2006) Nr. 92

Nous avons rencontré lors de son dernier séjour en France M. Tomislav Sunic, diplomate croate mais aussi écrivain, traducteur et ancien professeur de sciences politiques aux Etats-Unis. Fortement impressionné par le fait que la liberté d'expression se trouve paradoxalement plus grande dans les pays anciennement sous domination soviétique qu'à l'Ouest du continent, il nous a proposé le texte qui suit, qui met l'accent sur une des données généralement sous-estimée du conformisme régnant, à côté de l'héritage communiste et de la mentalité de « surveillance » héritée des riches heures du jacobinisme. Ce texte a été rédigé par l'auteur directement en français.

La balkanisation du Système ; Ernst Jünger et la fin des temps

La locution "la fin des temps" n'est pas sans rappeler les prédictions bibliques d'un cours du temps linéaire qui devrait conduire à la fin du monde. Cette idée semble être typique chez les gens dont la pensée est alimentée par le mental monothéiste et sémitique, comme l’annonce la Révélation présentée à la fin de l’Apocalypse (XXI, 1-2). Et j’ai vu un nouveau ciel et une nouvelle terre ; car l’ancien ciel et l’ancienne terre avaient disparu, et la mer n’est plus. J’ai vu aussi la ville sainte, la Nouvelle Jérusalem, qui descendait du ciel, d’auprès de Dieu, et préparée comme une épouse parée pour son mari.

La destruction des Allemands ethniques et des prisonniers de guerre allemands en Yougoslavie: 1945-53 (Ecrits de Paris ~ Mars, 2008)

Par les médias européens et américains, on peut souvent avoir l’impression que la Seconde guerre mondiale doit être périodiquement ressortie pour donner une crédibilité à des demandes financières d’un groupe ethnique spécifique, aux dépens des autres. Les morts civils des perdants de la guerre sont, pour la plupart, passés sous silence. L’historiographie standard de la Seconde guerre est couramment basée sur une distinction nette et polémique entre les « mauvais » fascistes qui ont perdu et les « bons » antifascistes qui ont gagné, et peu de spécialistes sont prêts à enquêter dans l’ambigüité grise se trouvant entre les deux. Même maintenant que les événements de cette guerre s’éloignent dans le temps, ils semblent devenir politiquement plus utiles et plus opportuns en tant que mythes.

"De l'esprit communautaire et communiste à l'étatisme fragile: le drame de l'ex-post-Yougoslavie" (Catholica ~ Hiver 1997-1998, Nr. 93)

Lorsque l'on analyse un pays éclectique comme l'ex-Yougoslavie, on est tenté d'utiliser une méthode éclectique. En 1991, un concours de circonstances diverses et convergentes a provoqué l'éclatement du pays, prélude à la guerre entre les principaux acteurs : Serbes, Croates et Musulmans bosniaques. Lors de l'agression grande-serbe menée par l'armée yougoslave contre la Croatie, et plus tard, lors de la guerre interethnique en Bosnie-Herzégovine, et après les Accords de Dayton, dont l'architecte fut le gouvernement américain en 1995, une multitude d'analyses sur l'origine du conflit ont vu le jour. Les crimes perpétrés par les ex-belligérants ont été décrits et décriés par les médias aux quatre coins du monde. On débat toujours dans les chancelleries occidentales sur le futur scénario militaire et juridique qui s'imposera dans les Balkans, notamment dans le nouveau petit Etat multiethnique de Bosnie-Herzégovine.

La Grande Europe et terrorisme intellectuel (Rivarol ~ le 16 Mai 2003)

C'est le 16 avril, après le oui triomphal (83,8 %) des Hongrois à l'Union, qu'a été "couronnée" à Athènes l'Europe de 25, sanctionnée par un traité de 5 000 pages qu'ont signé pour la France Jean-Pierre Raffarin et Dominique de Villepin avec la bénédiction de Kofi Annan, secrétaire général de l'ONU, sous l'égide de laquelle s'inscrit donc la "Nouvelle Europe". Un parrainage assez inquiétant, notamment en ce qui concerne la liberté d'expression. La police de la pensée est difficile à repérer car elle se cache souvent sous les concepts rassurants de "démocratie" et "droits de l'homme." Si les Quinze exhibent volontiers les beautés de leurs paragraphes constitutionnels, ils admettent rarement les ambiguïtés de leur Code pénal. Et c'est dans une grande discrétion que l'an dernier, la Commission européenne avait tenu a Bruxelles, et à Strasbourg des réunions d'une importance historique sur l'avenir de la libre parole.

Le langage «politiquement correct»: Genèse d'un emprisonnement (Catholica ~ Été 2006, Nr. 92 )

Nous avons rencontré lors de son dernier séjour en France M. Tomislav Sunic, diplomate croate mais aussi écrivain, traducteur et ancien professeur de sciences politiques aux Etats-Unis. Fortement impressionné par le fait que la liberté d'expression se trouve paradoxalement plus grande dans les pays anciennement sous domination soviétique qu'à l'Ouest du continent, il nous a proposé le texte qui suit, qui met l'accent sur une des données généralement sous-estimée du conformisme régnant, à côté de l'héritage communiste et de la mentalité de « surveillance » héritée des riches heures du jacobinisme. Ce texte a été rédigé par l'auteur directement en français. Par «politiquement correct » on entend l'euphémisme actuellement le plus passe-partout derrière lequel se cache la censure et l'autocensure intellectuelle. Si le vocable lui-même n'émerge que dans l'Amérique des années 1980, les racines moralisatrices de ce phénomène à la fois linguistique et politique sont à situer dans la Nouvelle Angleterre puritaine du XVIIe siècle. Cette expression polysémique constitue donc la version moderne du langage puritain, avec son enrobage vétérotestamentaire. Bien qu'elle ne figure pas dans le langage juridique des pays occidentaux, sa portée réelle dans le monde politique et médiatique actuel est considérable. De prime abord, l'étymologie des termes qui la forment ne suggère nullement la menace d'une répression judicaire oud les ennuis académiques. L'expression est plutôt censée porter sur le respect de certains lieux communs postmodernes tels que le multiculturalisme ou une certaine historiographie, considérés comme impératifs dans la communication intellectuelle d'aujourd'hui. En règle générale, et dans la langue française, prononcer l'expression "politiquement correct" déclenche souvent le processus d'association cognitive et fait penser aux expressions tels que "la police de la pensée," "la langue de bois" et "la pensée unique". Or si ces dernières notions ont ailleurs qu'en France, en Europe comme en Amérique, des équivalents, ceux- ci n'y possèdent pas sur le plan lexical la même porte émotive. Ainsi par exemple, lorsque les Allemands veulent designer le langage communiste, ils parlent de "Betonsprache" ("langue de béton"), mais la connotation censoriale de la locution française "langue de bois" n'y est pas rendue. Quant à la "pensée unique," elle reste sans équivalant hors du français, étant intraduisible en anglais ou en allemand ; seule le vocable slave "jednoumlje" - terme en vogue chez les journalistes et écrivains russes, croates ou chèques - possède la même signification.1 En comparaison de l'Europe, les Etats-Unis, bien qu'étant un pays fort sécularisé, restent néanmoins très marqués par de « grands récits » moralistes issus de la Bible ; aucun autre pays sur terre n'a connu un tel degré d'hypermoralisme parabiblique, dans lequel Arnold Gehlen voit « une nouvelle religion humanitaire ».2 Cependant après la deuxième guerre mondiale, le langage puritain a subi une mutation profonde au contact du langage marxiste en usage en Europe, véhiculé par les intellectuels de l'Ecole de Francfort, ou inspirés par eux, réfugiés aux Etats-Unis et plus tard installés dans les grandes écoles et universités occidentales. Ce sont eux qui après la guerre ont commencé à agir dans les médias et dans l'éducation en Europe, et qui ont joué un rôle décisif dans l'établissement de la pensée unique. C'est donc de la conjonction entre l'hypermoralisme américain et les idées freudo-marxistes issues de ce milieu qu'est né le phénomène actuel du politiquement correct. On sait que les Etats-Unis n'ont jamais eu comme seule raison la conquête militaire, mais ont cultivé le désir d'apporter aux mal-pensants, qu'ils fussent indiens, nazis, communistes, et aujourd'hui islamistes, l'heureux message du démocratisme à la mode américaine, même avec l'accompagnement du bombardement massif des populations civiles. Cet objectif s'est largement réalisé vers la fin de la deuxième guerre mondiale, quand l'Amérique, comme principale grande puissance, s'installa dans son rôle de rééducatrice de la vieille Europe. Et dans les années ultérieures, le lexique américain, dans sa version soft et libéralo-puritaine, jouera même un rôle beaucoup plus fort par le biais des médias occidentaux que la langue de bois utilisée par les communistes est-européens et leurs sympathisants. Au vingtième siècle cependant, l'héritage calviniste a perdu son contenu théologique pour se transformer en un moralisme pur et dur prônant l'évangile libéral des droits de l'homme et le multiculturalisme universel.